Des sciences positives au problème de la connaissance

Philosophie des sciences

Traditionnellement, science et philosophie vont de pair, à des titres et des degrés divers. Si nous regardons vers le lointain passé, nous voyons qu'à côté du Ménon et de la République, le Théétète s'intéresse à la science, à sa nature, et au problème général de la connaissance. Dans ce dialogue, à la question posée par Socrate en 145e : "Qu'est-ce que la Science (ou le Savoir)?", trois réponses sont successivement apportées, examinées (et finalement rejetées):
  1. la sicence est sensation (aisthèsis), en 151c;
  2. la science est croyance vraie (alèthes doxa), en 187b;
  3. la science est croyance vraie justifiée (méta logou), en 201c
On observera que le dialogue, parti d'un inventaire des discipline scientifiques constituées à l'époque de Platon, ce qu'on appelle parfois aujourd'hui "les positivités scientifiques", (géométrie, astronomie, théorie de l'harmonie, calcul, voir 145d), aboutit à des réponses formulées en termes de facultés cognitives, de validité et d'objectivité, ainsi que de justification. Ces questions caractérisent de manière générale la Philosophie des Sciences: naturellement, on peut mettre l'accent sur l'une plutôt que sur l'autre, et suivant l'importance accordée à chacune, on aura des styles différents de philosophie des Sciences.
On peut définir la Philosophie des Sciences comme l'ensemble des questions qui, partant de l'analyse des Sciences positives, explorent les notions liées au concept de Savoir. En cela, elle se distingue de l'histoire et de la sociologie des Sciences, comme de la psychologie cognitive, même si elle a vocation à utiliser les données de ces différentes disciplines.

Ernest Nagel dans The structure of Sience (1961), nous propose une classification des problèmes de la Philosophie des Sciences:
  1. Les problèmes touchant à la structure des théories scientifiques, selon qu'il s'agit des disciplines logico-mathématiques, ou des sciences "empiriques", (on dit aussi: "expérimentales", "inductives", ou encore "sciences du réel versus sciences formelle"). Par exemple, quels sont les rapports entre les hypothèses et les expérimentations? Quel est le statut des "lois de la Nature"?
  2. les problèmes touchant à la nature des concepts scientifiques (leur nature, leur existence ou non "en soi", leur définition, la manière dont nous les connaissons, les découvrons, ou les construisons, leurs relations avec la mesure dans les sciences physiques, leurs relations aux données observables, etc.)
  3. les problèmes de justification, de confirmation, ou d'évaluation de la croyance rationnelle, ou des degrés de certitude (en particulier la question del'induction par opposition à la déduction, de l'inférence probable, et de la valeur "inductive" dans les sciences empiriques).
En guise de conclusion, nous vous proposons quelques citations célèbres en la matière:
"...la plus difficile de toutes les tâches de la raison, celle de la connaissance de soi-même."E.Kant, Critique de la raison pure, Préface de la première édition (1781)
"La logique est l'étude des preuves. Les meilleurs preuves se rencontrant dans les sciences, il est naturel quele logicien se tienne près du savant et qu'il s'attache à ses raisonnement et à ses méthodes."J.Nicod, Le problème logique de l'induction, PUF, 1961.
"L'analyse de la connaissance a toujours été la question cruciale de la philosophie; et si, dans des domaines aussi fondamentaux que celui de l'espace ou du temps, elle est sujette à révision, les implications d'une telle activité critique mettent en jeu la totalité de la philosophie..."H.Heichenbach, Albert Einstein: Phiosopher-Scientist, (Schilpp ed., 1949)

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Très intéressant ! J'aime bien les articles de ton blogue !